BORYA et les Anges de Mons

En été 1954, Borya est parti d’Amérique du Sud vers Paris pour participer au congrès annuel de la Fédération Française des Associations Philatéliques à la recherche de timbres monégasques. Il profite de son séjour pour rencontrer son amie Fabiana qu’il n’a plus vue depuis plusieurs années.

« le luxe, l’élégance, l’entrain, la légèreté, la joie, l’ »antiprovince », la liberté, et avant tout les femmes, beaucoup de femmes. »

Borya: Oui. Zweig était un homme nostalgique et amoureux des choses qui nous émerveillent et qui nous inspirent. Paris demeure la plus belle exposition.

Fabiana: Dommage que nous regrettons sans cesse le passé. Nous sommes trop romantiques pour avancer.

Borya : Tu te montes trop la tête, l’épicurienne. Je ne m’intéresse qu’à la deuxième partie de la citation.

Fabiana : As-tu déjà été amoureux, Borya ?

Borya : Oui.

Fabiana : Une aventure parsemée d’obstacles qui t’ont fait prendre un autre chemin quitte à devenir un solitaire ?

Borya : Les obstacles sont nécessaires si nous voulons donner du sens à notre vie. Ils ne m’ont jamais empêché d’avancer. Les seules difficultés que les solitaires rencontrent sont des contraintes d’ordre personnel.

Fabiana : « Les obstacles ne t’ont jamais empêché d’avancer » dis-tu ? Pourtant bon nombre de solitaires cherchent à contourner plutôt qu’à franchir ces obstacles dont l’objectif principal est d’échapper aux normes et aux valeurs de la société. Toi, tu n’es pas comme les autres individus qui sont beaucoup trop conformistes à mon goût.

Borya : Tu fais référence à Merton et à ses cinq typologies dans Structure Sociale et anomie. Je n’ai lu que superficiellement le recueil. Je ne fais pas parti de ceux qui catégorisent les gens pour ce qu’ils font ou pour ce qu’ils sont incités à faire directement ou indirectement.

Fabiana : Par souci de conviction ?

Borya : Non, le souci vient des individus. Il n’y a pas plus instable que l’être humain. Ce sont les voyages, les interactions et les déplacements qui m’ont façonné. Je n’appartiens à aucune terre et donc à aucune norme locale, Fabiana. Dis-moi plutôt pourquoi tu m’as fait venir ici.

Fabiana : Cela fait si longtemps qu’on se connaît et qu’on ne s’est plus vus Borya. Depuis que t’as quitté l’Europe, j’ai beaucoup pensé à toi et me suis sentie seule de nombreuses fois. Te voir aujourd’hui me redonne de la gaieté. Mais ce n’est pas la seule raison de ma présence.

Fabiana fouille dans son sac. Elle tend une vieille enveloppe sur la table : Est-ce que tu peux regarder et examiner cette enveloppe de plus près ?

Borya : Elle ne date pas d’hier.

Fabiana : Ne fais pas semblant, je sais que t’adores ça en plus. Le timbre plus précisément.

Borya examine le timbre. De l’autre côté de la rue quelqu’un les espionne.

Borya : C’est un timbre de 1c de la série « Paix et Commerce » de type Sage non franchisé de couleur bleue de Prusse émis de 1876 à 1900. On estime le nombre d’exemplaires à un peu plus de 3 millions. Quelques-uns, comme celui-ci possèdent une couleur tout à fait particulière parce qu’elle fut accidentelle. A l’époque, l’Administration des Postes venait de reprendre le service d’impression des timbres et il arrivait que les imprimeurs n’utilisaient pas le bon dosage des composants de couleurs. C’est le cas pour le type Sage. Ce timbre est extrêmement rare et très recherché par les plus grands collectionneurs de timbres dans le monde entier. Sa cote dépasse les dizaines de milliers de francs. Mais le plus étrange dans tout ça c’est que ce timbre d’une valeur exceptionnelle a été collé sur une enveloppe d’une toute autre époque.

Fabiana : Et tu n’es pas au bout de tes surprises, lis ce qui est à l’intérieur.

Borya lit la lettre à voix haute :

Ma chère et tendre Jeanne,

Lis bien attentivement cette lettre car elle est la plus unique et la plus secrète de toutes les autres lettres que je t’ai envoyées. Inutile donc de t’interroger sur la méthode d’envoi.

Je t’écris sous le moulin du Vauclair pour te raconter le bref instant que j’ai vécu et qui m’a redonné lueur et espoir en cette terre inondée de morts, d’obus, de rats et de missiles.

Cela s’est passé le soir près de Cerny alors que nous nous occupions à creuser des tranchées. Je vis au loin une silhouette au casque différente de celle des boches et moins menaçante. Bien que je fus très affaibli par la faim, la saleté et les nuits sans repos, je ne pourrais t’expliquer cette force qui m’a poussé à quitter en douceur ma troupe pour jouer les héros intrépides et aller vers elle.

C’était un soldat Anglais de la Première Division du Loyal North Lancashire que je vis, blessé d’une balle à la poitrine et qui a perdu trace de son régiment depuis la bataille de Troyon. Il était sur le point d’agoniser mais semblait déterminé à vouloir me faire passer un message très important. Il me regardait droit dans les yeux comme s’il parlait à un être surnaturel. Je n’oublierai jamais ce regard, ce visage qui regardait droit vers le ciel et me souvint de tous les mots qu’il a dits. Après les avoir notés et analysés, je compris alors le message qu’il voulait me faire passer :

Suis les anges qui te mèneront vers le lieu de la victoire et le trésor t’appartiendra pour l’éternité.

Fabiana : Qu’en penses-tu ?

Borya : Où t’as trouvé cette lettre ?

Fabiana : Dans un vieil album de timbres.

Borya réfléchit et poursuit la conversation.

Borya : Durant la Grande Guerre, le service des renseignements imposait à tout soldat d’écrire sur des cartes postales pour faciliter les envois et surtout pour vérifier aisément le contenu de leur lettre. En effet, chaque courrier devait être contrôlé, et cela pour ne laisser échapper aucune information liée aux éventuelles stratégies de guerre.

Fabiana : Il n’y avait pas de timbres alors en 14-18 ?

Borya : Il y en avait mais ils étaient surtaxés pour venir en aide d’abord à la Croix-Rouge puis ensuite aux orphelins de la guerre. De toute évidence, ce timbre n’a pas été mis sur le courrier pour être franchisé.

Fabiana : Quelqu’un d’autre alors l’a collé ?

Borya : Sans doute, oui.

Fabiana : Un collectionneur de timbres. Comme toi, Borya.

Borya : Il y a des chances ! Seulement…

Fabiana : Seulement ?

Borya : Un vrai collectionneur ne mettrait pas ce genre de timbre sur une enveloppe…

Fabiana : Borya, cette enveloppe renferme une lettre qui révèle l’existence d’un trésor. Voilà la réponse. Le timbre a été mis comme emprunte pour marquer l’importance et la valeur du contenu.

Borya : Fabiana, désolé de te décevoir. Les philatélistes sont avant tout des passionnés d’histoire et de géographie. Et cette lettre n’est rien que chimère et propagande.

Fabiana : Comment ça ?

Borya : Tu vois bien que cette lettre parle de courage, d’héroïsme et de trésor. Il fallait bien que quelqu’un s’occupe du moral des soldats.

Fabiana : Tu veux dire que cette lettre a été montée de toute pièce pour encourager les soldats à continuer à se battre ? Mais par qui ?

Borya : Par le gouvernement britannique. En l’été 1914, les soldats anglais avaient pour la première fois réussi à repousser les allemands alors qu’ils étaient en minorité. Cela a fait la Une des journaux. On a alors commencé à parler de miracles et de magie. La légende la plus célèbre est les Anges de Mons.

Fabiana : Que dit cette légende ?

Borya : La légende raconte que durant la nuit du 23 Août 1914, des anges seraient apparus du ciel pour aider les troupes britanniques à repousser les allemands. Les soldats anglais auraient vu des personnages mystiques ou divins comme Saint-Georges ou Jeanne d’Arc venus les aider à combattre. La bataille a eu lieu dans le Hénaut Belge à Mons, d’où les « Anges de Mons ». Et il n’est pas étonnant de nos jours de rencontrer des festivals pour rendre hommage à ces Anges apparus lors de la bataille en Grande-Bretagne.Les médias ont continué à faire circuler cette légende pendant des jours et des jours et les renseignements britanniques ont commencé à diffuser des tractages, des images et même de fausses lettres à leurs soldats pour leur donner du courage.

Fabiana : Et la lettre que je détiens en fait donc partie.

Quelqu’un, bien habillé, vêtu d’un chapeau et d’une veste grise, à l’accent anglais vient à leur rencontre.

 ??? : Monsieur Borya Oz, Madame, veuillez me suivre s’il vous plait !

La suite très prochainement 😉

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